
Église Saint-Eustache, Paris 1er
8 octobre 2026 - printemps 2027

Une installation monumentale de Jiang Qiong Er
À partir du 8 octobre 2026, l’église Saint-Eustache accueillera « Lumière Divine », une installation monumentale inédite de l’artiste franco-chinoise Jiang Qiong Er. Conçue spécialement pour la façade Ouest de ce monument emblématique du cœur de Paris, l’œuvre propose un dialogue inédit entre patrimoine, création contemporaine et spiritualité. Depuis huit siècles, Saint-Eustache occupe une place singulière dans le paysage culturel parisien. Située au cœur du quartier des Halles, l’église est reconnue autant pour son architecture exceptionnelle, qui associe gothique et Renaissance, que pour son engagement pionnier en faveur du dialogue entre création contemporaine et patrimoine. Des artistes notables tels que Keith Haring ou John Armleder y ont déjà laissé leur empreinte. Avec « Lumière Divine », cette histoire se poursuit à travers une œuvre qui invite à porter un regard nouveau sur ce lieu majeur du centre de Paris. Pour cette intervention monumentale, Jiang Qiong Er revisite les figures de saint-Eustache, saint Louis, sainte Agnès et sainte Geneviève, présentes dans l’histoire et l’identité du lieu, dont les valeurs fondatrices — courage, justice, pureté et protection — sont transposées dans un langage plastique universel.

Délaissant toute représentation figurative, l’artiste privilégie des formes symboliques baignées d’or et de lumière. Installées dans les quatre niches monumentales de la façade, des sculptures en métal sombre dialogueront avec les fonds dorés texturés, révélant des perceptions différentes au fil de la lumière naturelle. À la tombée de la nuit, l’installation dévoilera une présence lumineuse discrète, invitant à la contemplation. La lumière devient ici un matériau artistique à part entière, transformant la façade en une expérience sensorielle accessible à tous. Cette création s’inscrit dans la démarche artistique que Jiang Qiong Er définit comme un « Universal Art », une recherche qui explore les liens entre cultures, croyances et civilisations à travers un langage visuel partagé. Au cœur de son travail se trouve un questionnement essentiel : sommes-nous ensemble ? comment vivre ensemble ? « L’église est pensée comme un espace ouvert à tous, au-delà du cadre chrétien. Elle devient un lieu de résonance intérieure, invitant à une rencontre des sensibilités, des cultures et des imaginaires », explique l’artiste.
La genèse du projet « Lumière Divine »
L’histoire de « Lumière Divine » commence il y a près de six ans. À la suite de sa grande installation monumentale réalisée pour le musée Guimet, Jiang Qiong Er engage un dialogue avec les équipes de Saint-Eustache autour d’un projet artistique destiné à l’église. Au fil des rencontres avec les prêtres successifs — d’abord le père Yves Trocheris, puis le père Pierre Vivarès — le projet prend progressivement forme. Ce temps long est constitutif de l’œuvre : avant même de dessiner, l’artiste choisit d’habiter le lieu. Durant plusieurs années, elle visite l’église à de nombreuses reprises, observant les volumes, les circulations, les changements de lumière, les proportions de la façade et les usages quotidiens du bâtiment. Cette immersion lui permet de comprendre l’identité profonde de Saint-Eustache, monument où patrimoine, vie paroissiale et création contemporaine coexistent depuis plusieurs décennies. Lorsque la réflexion se concentre sur les quatre niches de la façade Ouest, la commande est claire : dialoguer avec les figures de saint-Eustache, saint Louis, sainte Agnès et sainte Geneviève.

L’artiste bénéficie d’une grande liberté de création, mais refuse l’idée d’une carte blanche absolue. « Je travaille avec beaucoup de respect. Je ne suis pas là pour imposer une œuvre, mais pour faire résonner l’esprit du lieu », explique-t-elle. Les échanges réguliers avec les équipes de l’église nourrissent ainsi le projet jusque dans le choix des mots et des références bibliques qui accompagnent l’installation. Au-delà de son inscription dans l’histoire de Saint-Eustache, « Lumière Divine » s’inscrit dans une réflexion plus vaste que Jiang Qiong Er développe depuis plusieurs années à travers ce qu’elle nomme son « Universal Art ». Qu’il s’agisse du musée Guimet, de Narbo Via, de son projet devant les pyramides d’Égypte ou aujourd’hui de Saint-Eustache, une même question traverse son œuvre : comment vivre ensemble ?
« Lumière Divine » — L’installation dans les niches de la façade
Pour «Lumière Divine», Jiang Qiong Er investit les quatre niches monumentales de la façade Ouest de l’église Saint-Eustache, restées inoccupées depuis plusieurs siècles. Pensée comme une œuvre spécifiquement conçue pour le lieu, cette intervention ne cherche jamais à s’imposer à l’architecture : elle entre en dialogue avec elle, révélant la force spirituelle du monument par un langage plastique contemporain. « Je ne suis pas là pour imposer mon style. Je suis là pour créer une résonance », résume l’artiste. Cette volonté irrigue l’ensemble du projet. Chaque choix de forme, de matière ou de lumière est guidé par une même ambition : prolonger le rayonnement spirituel de l’église plutôt que le transformer. Les quatre niches sont consacrées à quatre figures fondatrices de l’histoire de Saint-Eustache : saint-Eustache, saint Louis, sainte Agnès et sainte Geneviève. Fidèle à sa démarche artistique, Jiang Qiong Er abandonne toute représentation figurative.

Les saints ne sont plus incarnés par des visages ou des corps mais par leurs attributs essentiels, réduits à une écriture symbolique d’une grande sobriété. Chaque niche devient ainsi un paysage spirituel. saint-Eustache, figure de la quête intérieure, est évoqué par le cerf portant la croix, suspendu devant un relief qui fait dialoguer une forêt naturelle et une forêt urbaine. Cette dualité renvoie autant au récit du saint qu’à notre époque, où la nature et la ville coexistent dans une même recherche de sens. saint Louis est associé à la justice et au pouvoir exercé avec humilité. La couronne d’épines, la balance et les livres de droit composent une architecture symbolique où la justice apparaît comme un équilibre entre responsabilité et compassion. sainte Agnès incarne la pureté. Son agneau, suspendu devant un fond sculpté, dialogue avec des formes géométriques élémentaires — le cercle et le carré — qui traduisent l’harmonie entre le ciel et la terre, principe issu d’une sagesse ancestrale que l’artiste réinterprète dans un vocabulaire universel.

L’ensemble est réalisé dans un dialogue subtil entre ombre et lumière. Les reliefs dorés captent les variations de la lumière naturelle tout au long de la journée, tandis que les symboles, réalisés en métal sombre et suspendus en avant des fonds, projettent des ombres mouvantes qui modifient continuellement la perception des œuvres. À la tombée de la nuit, la lumière prend le relais et révèle une autre présence du lieu. Loin d’un simple éclairage scénographique, la lumière devient un matériau vivant. Son intensité évolue lentement, faisant apparaître puis disparaître les volumes avec douceur, comme une respiration. Les œuvres semblent alors s’animer discrètement, invitant le passant à lever les yeux et à entrer, quelques instants, dans une expérience de contemplation.

« L’Appel des Pierres » — L’installation au seuil de l’église
Sur la façade Ouest de l’église Saint-Eustache, au seuil de l’entrée principale, « L’Appel des Pierres » prolonge le dialogue initié par les quatre niches de Lumière Divine. Pensée comme une traversée spirituelle, l’installation invite le visiteur à franchir le seuil non seulement de l’édifice, mais aussi d’un paysage où la pierre, la lumière et le silence deviennent un langage. Deux œuvres monumentales en feutre, L’Appel des Pierres – Amour et Vérité et L’Appel des Pierres – Justice et Paix, prennent place sur la façade. Chacune réunit douze pierres, en référence au Livre de Josué : après la traversée du Jourdain, les pierres dressées deviennent un mémorial destiné à transmettre la mémoire aux générations futures. Dessinées d’abord sur papier puis transférées sur le feutre de laine par la technique du frottage, elles portent, comme des strates géologiques, les traces du temps et de la transmission.

Au sol, deux jardins minéraux composés de galets blancs font émerger quatre mots : AMOUR, VÉRITÉ, JUSTICE et PAIX. Inspirés du Psaume 85 — « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » —, ils donnent à l’ensemble sa structure spirituelle tout en portant une résonance universelle. À chaque heure, au rythme des cloches, une légère brume s’élève tandis qu’une projection lumineuse accompagne ce souffle éphémère. Les mots apparaissent, se voilent puis réapparaissent. Entre la douceur du feutre et la permanence symbolique de la pierre, « L’Appel des Pierres » transforme ainsi le seuil de l’église en un espace de contemplation, où mémoire, spiritualité, patrimoine et création contemporaine se rencontrent.
« Sainte-Geneviève » — L’œuvre pour l’intérieur de l’église
Le parcours se prolonge à l’intérieur de Saint-Eustache par une œuvre consacrée à sainte Geneviève, installée dans la niche qui lui est dédiée. Pensée comme un prolongement des quatre interventions de la façade, cette création offre une expérience plus intime, au cœur même de l’église. Gardienne de Paris, sainte Geneviève est évoquée non par une représentation figurative mais par les symboles qui incarnent sa présence. Une main en prière tient une bougie éternelle, image de la foi et de l’espérance qui ne s’éteint jamais. En arrière-plan, un relief dessine le Panthéon — édifié à l’origine en son honneur — ainsi que le paysage de Paris, rappelant le lien indissociable qui unit la sainte à la capitale. Comme pour les œuvres de la façade, Jiang Qiong Er privilégie un langage d’une grande simplicité.

Les formes essentielles remplacent toute représentation du corps afin de laisser apparaître ce que l’artiste appelle « les symboles spirituels » de la sainte. L’œuvre associe un relief doré et un élément en bronze suspendu, créant un dialogue subtil entre profondeur, matière et lumière. La lumière constitue ici encore un matériau de création. Lors des essais réalisés dans l’église, l’artiste a été frappée par la manière dont l’or captait naturellement la lumière du lieu, donnant vie à l’œuvre sans artifice. Cette présence lumineuse, renforcée par un travail d’éclairage discret, fait écho au titre de l’installation, «Lumière Divine», où la lumière devient le symbole de la spiritualité, de l’espérance et d’une présence qui accompagne silencieusement le visiteur.
Les coulisses de la création de « Lumière Divine »
Pour Jiang Qiong Er, concevoir une œuvre monumentale revient à faire dialoguer intuition artistique et précision architecturale. Une fois le concept arrêté, commence un long travail de mise à l’échelle. Contrairement aux œuvres de petit format, chaque sculpture est développée grandeur nature. Les dessins sont imprimés à l’échelle 1, installés sur des échafaudages puis continuellement corrigés. Les reliefs sont modifiés plusieurs fois jusqu’à trouver leur juste proportion, celle qui permettra à l’œuvre d’être perçue depuis le sol, à plusieurs dizaines de mètres de distance. Cette recherche se poursuit par la réalisation de multiples prototypes. Les formes sont imprimées en trois dimensions, retravaillées manuellement puis reproduites en fibre de verre avant d’être recouvertes, feuille après feuille, d’or appliqué à la main. L’or ne constitue pas un simple choix esthétique : il appartient depuis des siècles au vocabulaire des lieux sacrés et permet à la lumière de devenir un véritable matériau de création.

La réalisation mobilise plusieurs ateliers répartis entre la Chine et l’Europe. Les recherches, les maquettes et les premiers prototypes sont développés dans l’atelier de Shanghai, tandis que la fabrication finale est confiée à un atelier spécialisé au Portugal, avec lequel l’artiste travaille étroitement durant toutes les phases de production et d’installation. Enfin, la lumière constitue l’ultime étape de cette création. Pensée dès l’origine du projet, elle ne sert pas à éclairer les œuvres mais à leur donner un rythme. Grâce à un programme lumineux spécialement conçu pour Saint- Eustache, les sculptures semblent respirer au fil des variations d’intensité, tandis que leurs ombres se déplacent lentement sur les fonds dorés. La lumière devient ainsi le lien invisible entre l’architecture, l’œuvre et le visiteur, donnant tout son sens au titre de l’installation : «Lumière Divine».

Biographie de Jiang Qiong Er
Artiste, designer et créatrice franco-chinoise, Jiang Qiong Er développe une œuvre centrée sur la transmission culturelle, la spiritualité et le dialogue des civilisations. Son travail est présenté dans les plus grandes institutions internationales et s’inscrit dans une réflexion humaniste sur les formes contemporaines du vivre-ensemble. Née à Shanghai et partageant son temps entre la Chine et la France, Jiang Qiong Er développe depuis plus de vingt ans une œuvre à la croisée de l’art, du design et des savoir-faire d’excellence. Formée à l’Université Tongji de Shanghai puis à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, elle est reconnue pour sa capacité à faire dialoguer traditions ancestrales et création contemporaine. Ses œuvres figurent notamment dans les collections du British Museum et du Victoria & Albert Museum de Londres, du musée Guimet, du musée des Arts décoratifs et dans la collection de l’UNESCO à Paris ainsi qu’au musée de Shanghai. Après les installations monumentales «Gardiens du Temps» au musée Guimet (Paris) et «Souffle du Temps» au musée Narbo Via (Narbonne) (à découvrir jusqu’au 3 janvier 2027), «Lumière Divine» marque une nouvelle étape majeure dans son parcours artistique.







